 Les subventions du photovoltaïque vont êtres coupées, Trop cher pour l'Etat. |  Un rêve passe. Jean-Louis Borloo l'écolo devait couvrir la France, ce pays accro au nucléaire, de panneaux solaires. Avec le premier Grenelle de l'environnement, les choses sont allées très vite : les demandes d'installations solaires se sont multipliées, provoquant un véritable boom. Aujourd'hui, c'est le krach. Bercy a en effet décidé de reprendre une partie des cadeaux distribués par l'Etat. Les particuliers qui bénéficiaient jusqu'alors d'un crédit d'impôt de 50 % devront se contenter de 25 %. Les professionnels, eux, se voient infliger une nouvelle baisse (de 12 %) des tarifs auxquels EDF est obligée de racheter l'électricité solaire. Le soleil ne brille plus. En tout cas, plus autant qu'avant.
Pourquoi ce brutal coup de frein ? Simplement parce que Bercy, qui en ce moment racle les fonds de tiroir, a paniqué. L'explosion des demandes de raccordement en 2009 a été telle que la Contribution au service public de l'électricité, cette petite ligne inscrite sur nos factures EDF pour le financement des énergies renouvelables - dont le solaire -, était sur le point de s'envoler. Au lieu de 1,5 milliard d'euros par an en croisière, les clients d'EDF, autrement dit tous les Français, auraient dû s'acquitter de 4,5 milliards ! Mauvais, très mauvais pour le pouvoir d'achat. Il fallait mettre fin à cet " effet d'aubaine " décrit par l'Inspection des finances dans un rapport tout juste publié. Effet d'aubaine ? Le kilowattheure solaire en France, le plus élevé d'Europe, est payé entre cinq et dix fois plus que le kilowatt " normal ". De quoi voir venir, surtout qu'au fil du temps le coût des installations a diminué. Les amateurs de panneaux (des spéculateurs ?) ont été si nombreux que l'objectif 2020 (5 400 mégawatts) serait atteint dès 2013. Le rapport de l'Inspection, rédigé sous la direction de Jean-Michel Charpin, conclut que, si l'on ne remet pas en question les avantages consentis aux producteurs d'énergie solaire, les subventions deviendraient " sans proportion avec les quantités produites ". Pas de doute, il faut arrêter une dérive dangereuse par son " ampleur macroéconomique ". Et caler la production d'électricité solaire sur un sentier moins pentu.
Volonté politique. Ce qui, au passage, laisserait le temps de mettre en place une filière française du solaire. Elle est pour l'heure quasi inexistante : la plupart des panneaux installés dans l'Hexagone viennent de Chine, et pour une moindre part d'Allemagne ou des Etats-Unis. Le déficit commercial de la France en la matière est de 800 millions d'euros.
Rien à voir avec l'Allemagne, le seul pays industrialisé à avoir mis le paquet sur le solaire, qui représente 2 % de sa consommation d'électricité (contre 0,1 % en France). Partie plus tôt, au début des années 2000, l'Allemagne a développé une filière industrielle qui emploie 300 000 personnes (moins de 10 000 en France). Elle abrite Q-Cells, le plus grand fabricant mondial de cellules photovoltaïques. Cette apparente réussite ne doit rien à un avantage naturel, la France bénéficiant d'un meilleur ensoleillement. C'est la conséquence d'une volonté politique poursuivie méthodiquement. Une politique qui a un coût. Enorme. Un rapport de RWI, institut de recherche d'Essen, publié l'an dernier, estime que l'Allemagne a subventionné sa production d'électricité solaire à hauteur de 53,3 milliards d'euros de 2000 à 2010. C'est presque le chemin que prenaient les subventions en France avant que Bercy décide de faire le ménage.
" Energie fatale ". Alors, la France, trop timide ? Ou trop nucléaire encore, ce que pourrait donner à penser le fait que Jean-Michel Charpin est membre du conseil d'administration d'ERDF, la filiale distribution d'EDF, qui peste contre les coûts supportés pour les raccordements au solaire, et que parmi les experts ayant participé à la rédaction de son rapport figure Christian Stoffaës, ancien d'EDF et grand nucléariste devant l'Eternel.
" EDF n'est pas du tout fan de solaire, au moins en France, assure un professionnel qui souhaite rester anonyme (bizarre, non ?...).Elle s'accommode très mal de cette "énergie fatale" dépendante des jours et des nuits. " La France annonce d'ailleurs la couleur : elle projette de construire deux EPR (réacteurs de troisième génération), ce qui ne témoigne pas d'une farouche volonté de se lancer à fond dans les énergies renouvelables. En rabaissant ses ambitions comme elle le fait en ce moment, n'est-elle pas d'ailleurs convaincue que l'énergie solaire est condamnée à rester confidentielle ?
Chez le voisin allemand, où il n'est toujours pas question d'installer de nouveaux réacteurs nucléaires, Angela Merkel propose de prolonger la durée de vie des centrales existantes. De huit ou quatorze ans selon qu'elles ont été construites avant ou après 1980. Mais à cela une condition : les producteurs d'énergie nucléaire devront supporter jusqu'à 2040 une taxe qui pourrait rapporter 30 milliards d'euros... taxe qui financera... les énergies renouvelables. En France, où il est aussi question d'allonger la durée de vie des centrales, le nucléaire n'est pas mis à contribution. Le coût des énergies renouvelables est supporté par les consommateurs et accessoirement par des subventions de Bercy. Pour couronner le tout, les prix du kilowattheure français étant parmi les plus bas d'Europe, donner sa chance au solaire n'est pas une sinécure.
" Si, au moins, la révision de politique entreprise aujourd'hui avait du sens ! Mais le gouvernement fait de la politique, pas de l'économie ", poursuit notre professionnel. Pour ce dernier, ce qui coûte le plus cher, en effet, ce sont les petites installations comme celles des particuliers ou des agriculteurs, démarchés par des firmes spécialisées qui leur font miroiter des revenus d'appoint en plaçant des panneaux sur leurs hangars ou dans leurs champs. L'incongruité économique de ces installations est d'autant plus forte qu'elles sont situées loin du réseau." Mettre des panneaux solaires dans la pampa est ridicule. " Les frais de raccordement ne le justifient pas. Pour produire au mieux, il faut des installations d'une certaine puissance (250 kilowatts), situées pas très loin des centres de consommation. C'est le cas pour les panneaux qui équipent les toits des grandes surfaces ou des hangars industriels situés en milieu urbain. Quelques trop rares entreprises comme Casino, Prologis, FM Logistic s'en font une spécialité. Etrangement, ce sont précisément ces installations (ainsi que les fermes solaires, plus matraquées encore) qui sont (et risquent d'être à l'avenir) les plus pénalisées par la nouvelle politique. Quand les professionnels supportent les baisses de tarifs, les particuliers, eux, sont relativement épargnés, même si, à terme, ils pourraient voir leurs crédits d'impôt disparaître définitivement (ils sont les seuls à en bénéficier).
Pour l'heure, le gouvernement n'a pas encore repris à son compte toutes les suggestions très restrictives du rapport Charpin. Que fera-t-il demain ? Et après-demain ? Pour les industriels de la filière, une ère de doute s'ouvre. Rien de pis en tout cas pour eux que ces politiques Yo-Yo. Le soutien au solaire a été sûrement mal calibré et mal ficelé. Mais, si les règles changent, il faut le faire le plus vite possible et s'y tenir. Au risque de passer directement de la spéculation à l'attrition
Crédit photo : DDM Auteur : Patrick Bonazza Source : lepoint.fr Parue le : 23 septembre 2010
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